P. Elbaz agent «Signer à l'étranger n'est pas synonyme d'eldorado »

Pascal Elbaz et son protégé

Comme le métier de footballeur de haut niveau, celui d'agent de joueur est très sélectif. Beaucoup d'appelés, peu d'élus. A 30 ans, Pascal Elbaz fait partie de cette seconde catégorie. Pour Foot sur 7, il dévoile les coulisses de son travail et celles du business du marché des transferts.

Pascal Elbaz, quel a été votre parcours pour devenir agent ?

J'ai commencé par quatre ans de droit à l'université Panthéon-Assas, avant d'enchaîner avec un troisième cycle en management du sport. Ensuite, j'ai eu l'occasion de faire des stages dans des cabinets d'avocat. Parallèlement, j'évoluais déjà dans le monde du football à cette époque. Puis j'ai obtenu le concours d'agent auprès de la FFF, à l'âge de 26 ans. Comme j'étais déjà passionné par le football, j'avais axé mon troisième cycle par rapport à ce sport. Plusieurs anciens joueurs professionnels optent pour le cursus à Limoges, comme Dacourt ou Zidane : il s'agit ici de pur management de club. Mon cursus pourrait me permettre de travailler dans d'autres sports, même si je me consacre aujourd'hui exclusivement au football.

Comment se sont passés vos premiers pas dans le métier ?

J'ai eu la chance de réaliser des « coups » dès mon premier mercato, en 2010. J'étais alors mandaté par les clubs ou faisais l'intermédiaire pour ceux-ci. J'ai alors pu transférer des joueurs vers l'étranger.

Combien de joueurs comptez-vous parmi votre clientèle ?

Une trentaine de joueurs, qui sont professionnels ou en centre de formation (Albert Makoubé, Bryan Labissière, Ibrahim Cissé, Curtis Yebli, Alexis Benjamin...). Certains évoluent en Ligue 1, d'autres en Ligue 2, mais la majorité de ma clientèle provient de l'étranger. Par exemple, j'ai fait venir Eden Ben Basat et John Jairo Culma à Brest, avec Ronny Rosenthal, qui est consultant. Souvent, je suis amené à travailler en collaboration avec d'autres personnes, sur la base d'une relation de confiance : cela permet d'élargir les profils de ma clientèle.

« Il faut arrêter de croire que tous les agents ont des joueurs comme Cavani parmi leurs clients »

Est-ce vous qui démarchez les joueurs pour vous occuper d'eux ou l'inverse ?

Soit l'un, soit l'autre. Quand un profil m'intéresse vraiment, je le démarche. Je vais contacter le joueur, commencer à discuter avec lui, voir si quelqu'un s'en occupe déjà ou pas. Ensuite nous prenons rendez-vous et apprenons à nous connaître. Si nous sommes sur la même longueur d'onde, nous signons un mandat. Il ne faut pas penser que tous les joueurs ont des agents. Certains agents préfèrent faire des « coups ». Dans ce cas précis, la relation entre l'agent et le footballeur est quasi-inexistante. Moi, je favorise le travail sur la durée. Je peux m'occuper du sponsoring, des relations avec la presse, de la gestion du patrimoine... Un sportif reste très fragile, il faut donc l'accompagner dans son parcours, sans pour autant jouer la « nounou ». Énormément de joueurs me sollicitent. Trois ou quatre joueurs m'appellent quotidiennement pour avoir recours à mes services. Je reçois vingt ou trente mails par jour. Généralement, ils ont entendu parler de moi ou certains de leurs copains ont travaillé avec moi.

Aujourd'hui, plus de 350 agents sont agréés auprès de la FFF et de la FIFA. Certains exercent sans licence. La précarité est-elle un fléau frappant ce corps de métier ?

Détenir la licence n'assure en aucun cas de pouvoir gagner sa vie. Il faut arrêter de croire que tous les agents ont des joueurs comme Cavani parmi leurs clients. La plupart des transferts constitue de petits deals. La majorité des agents n'exerce pas. Certes, il s'agit d'un milieu ou il y a de l'argent, mais il n'échappe pas à la crise. Certains se concentrent sur deux ou trois joueurs et d'autres ne cessent de vouloir conquérir de nouveaux marchés.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune homme souhaitant devenir agent de joueurs ?

Premièrement, posséder une base scolaire pour passer le concours. Un BAC+3 me semble être un minimum. Il faut très bien s'y connaître en contrat. Ensuite, il serait judicieux d'avoir un réseau avant de commencer. Parler plusieurs langues est aussi indispensable, surtout l'anglais et l'espagnol : c'est le minimum. L'anglais, nous en avons besoin partout.

Comment vous-êtes vous forgé votre réseau et comment faites-vous pour l'étendre au maximum ?

Je connaissais des gens qui travaillaient dans le foot, comme des directeurs sportifs ou d'autres agents. Ensuite, j'ai décidé de mettre ma patte. Cela est monté crescendo. D'abord, mon réseau se situait au plan national, avant de s'étendre à l'étranger. Avant que je ne décroche ma licence, j'avais déjà forgé mon réseau. Aujourd'hui, je travaille dans tous les pays d’Europe et beaucoup en Afrique. Sur une année, je passe une cinquantaine de jours à l'étranger. Je travaille du lundi au dimanche. Il est difficile de prendre des vacances. L'un des gros avantages du métier, c'est de pouvoir voyager fréquemment. C'est un métier où il n'y pas d'horaire fixe.

« Si le PSG et Manchester City veulent vraiment dépenser 580 millions d'euros pour Messi, ils peuvent »

Passons maintenant à l'actualité du mercato. Bale pourrait rejoindre le Real Madrid pour 120 millions d'euros cette année. N'est-il pas gênant qu'il « batte » le record de Cristiano Ronaldo ?

Si Messi ou Cristiano Ronaldo étaient transférés cette année, cela serait encore plus cher. 120 millions ne correspond pas à la véritable valeur de Bale sur le marché. Pour moi, celle-ci est de 60 millions, au maximum. Mais Tottenham a raison de faire monter les enchères. Si les dirigeants des Spurs veulent obtenir le plus d'argent possible, ils sont obligés de prendre des risques. S'ils perdent Bale, ils doivent en tirer un maximum de profit. Cela fait partie du marché.

photo groupes bowling

Sandro Rosell, le président du FC Barcelone, a récemment déclaré que Lionel Messi coûtait 580 millions d'euros. Partagez-vous cet avis ?

Il rapporte tellement d'argent... Il ne faut pas considérer uniquement la perte sportive. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les négociations ne sont pas focalisées sur le salaire du joueur.

Aujourd'hui, un club serait-il en mesure de dépenser une telle somme pour débaucher Messi ?

La vraie question est la suivante : Messi veut-il vraiment quitter le Barça ?. Si le PSG et Manchester City veulent vraiment dépenser 580 millions d'euros pour lui, ils peuvent. Si le joueur veut vraiment partir, il partira. Sauf que Messi n'a jamais affiché cette volonté. S'il quitte un jour Barcelone, c'est qu'un autre challenge sportif l'attire. Un peu comme Mourinho, qui avait envie de gagner des titres dans d'autres championnats. Messi fait preuve de reconnaissance envers son club, qu'il aime profondément. Si un jour il part, cela sera donc pour des raisons sportives.

L'instauration du fair-play financier changera-t-elle considérablement le fonctionnement du marché ?

C'est surtout la crise qui change la manière dont les clubs évoluent. Il faut occulter Paris et Monaco. De nombreux joueurs libres ne trouvent pas preneur. Les gros clubs sont l'arbre qui cache la forêt. Aujourd'hui, les clubs mettent beaucoup de temps avant de recruter un joueur. Ils font également en sorte d'éviter d'avoir un trop gros effectif. Les club restent des entreprises, ils subissent autant la crise que tous les autres secteurs. En Espagne et en Grèce, les problèmes d'argent sont légion. Le nombre de joueurs libres ou prêtés ne cesse d'augmenter. La crise a changé les mentalités.

Les joueurs qui ne sont pas payés durant plusieurs mois finissent-ils par récupérer leur argent ?

Certains clubs s'en sortent en ne payant seulement qu'une petite partie du salaire. Cela empêche le joueur de faire une réclamation devant la FIFA. Par exemple, Agüero n'a pas été payé pendant plusieurs mois lorsqu'il évoluait à l'Atlético. En France, cela reste très encadré. A l'étranger, certains joueurs peuvent se retrouver sans salaire lorsqu'ils sont moins performants. Il ne faut surtout pas croire que l'étranger est synonyme d'eldorado. C'est d'ailleurs pour ça que plusieurs Français reviennent ici.

Interview réalisée par Arnaud LAPOINTE