Itw exclu - Boukary Dramé « Les actes racistes ? J'aurais tendance à en rire »

Publié par Arnaud LAPOINTE le 02 septembre 2013 à 19:56

Formé au Paris Saint-Germain, Boukary Dramé évolue aujourd'hui en Serie A, au Chievo Vérone, depuis 2011. Pour Foot sur 7, ce latéral gauche de 28 ans évoque son aventure transalpine, le mercato, l'actualité du PSG et la sélection sénégalaise.

Foot sur 7 - Quels sont les objectifs que vous a fixés Giuseppe Sannino, l'entraîneur du Chievo Vérone, pour cette saison ?

Boukary Dramé - C'est le maintien avant tout. Ensuite, on pourra envisager de terminer à la meilleure place possible. Nous avons commencé la saison par un match nul à Parme. Ce n'est jamais évident de réaliser un bon résultat au stade Ennio-Tardini. Toutefois, nous ne pouvons pas encore en tirer d'enseignements, il faut que l'équipe prenne encore de la confiance et progresse. (L'entretien a été réalisé le jeudi 29 août. Depuis, le Chievo Vérone s'est incliné à domicile face à Naples lors de la 2e journée de Serie A, Ndlr).

Bénéficiez-vous d'un statut de titulaire indiscutable au Chievo Vérone ?

Oui, on peut dire ça. Mais le coach essaie d'impliquer tous les joueurs de l'effectif. Il est nécessaire que tout le monde se sente impliqué pouvoir devenir un titulaire en puissance, afin de créer une bonne dynamique et avoir une concurrence saine. Lorsque je suis arrivé en Serie A, à l'été 2011 en provenance de Sochaux, je ne jouais guère. Au début, j'étais soit remplaçant, soit en tribunes. Puis je me suis progressivement imposé dans le onze de départ. Si je n'étais pas blessé, je débutais. A la fin de ma première saison en Italie, j'ai été opéré du genou. Je suis revenu et le coach a estimé que j'étais le meilleur à mon poste. Cette année, Giuseppe Sannino a remplacé Gian Piero Gasparini. Depuis le changement d'entraîneur, j'évolue au poste de latéral gauche. Mais je peux également joué dans l'entrejeu, dans un système tactique en 3-5-2.

Avez-vous été approché par des clubs pendant ce mercato estival ?

N'importe quel joueur a des sollicitations, qui que ce soit ! Personnellement, tant qu'il n'existe rien de concret, je ne veux rien savoir. Le FC Nantes s'est intéressé à moi pendant un moment. Sans vouloir manquer de respect à ce club, je préfère rester en Italie. Il s'agit d'un promu qui joue le maintien. J'ai déjà connu ce genre de challenge en France. En Italie, j'ai passé un cap et je sens que j'ai le potentiel pour en passer un autre. En jouant dans un petit club italien, on a la possibilité de partir chez un club plus huppé. L'exposition est plus favorable qu'en France.

« Si je revenais en Ligue 1, ce serait pour jouer dans un gros club »

Pourriez-vous revenir en France avant la fin de votre carrière ?

Oui, c'est tout à fait possible. Dans le football, on ne sait jamais ce qu'il peut se passer. Forcément, si je revenais en Ligue 1, ce serait pour jouer dans un gros club. Je suis quelqu'un d'ambitieux, je veux jouer le haut du tableau.

Êtes-vous attiré par un autre championnat que la Ligue 1 et la Serie A ?

Tous les gros championnats européens m'intéressent, mais j'ai une attirance particulière pour la Premier League. Cela se justifie au niveau du public. En Angleterre, les spectateurs applaudissent lorsque l'équipe adverse arrive sur le terrain, contrairement à des pays comme la France et l'Italie. Les sifflets sont rares et le jeu très intense.

Quel est le joueur vous ayant fait la plus forte impression en Italie ?

Juan Guillermo Cuadrado, l'international colombien qui évolue sous les couleurs de la Fiorentina. Il possède une explosivité et une rapidité exceptionnelle. Si je n'avais pas voulu être original, j'aurais cité Mario Balotelli. Mais lui, on le connaît déjà, on peut s'attendre à ce qu'il va faire, on sait qu'il est puissant. Cuadrado est totalement imprévisible, il va éliminer, c'est vraiment différent.

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Avez-vous déjà été victime de racisme dans le Calcio ?

Je ne calcule pas. Les joueurs doivent se montrer intelligents en ignorant les actes racistes. D'ailleurs, certains supporters ne sont même pas racistes, ils agissent de la sorte juste pour déstabiliser le joueur ciblé, ce qui peut rejaillir sur l'équipe de celui-ci. En ce qui me concerne, si j'étais victime de cris de singes ou de jets de bananes, je ne quitterais pas la pelouse. J'aurais même plutôt tendance à en rire.

« Ça ne m'étonne pas que Chantôme et Sakho quittent le PSG »

Vous avez disputé 43 matches avec l'équipe première du PSG entre 2005 et 2007. Quel est votre meilleur souvenir dans la capitale ?

C'était le 11 septembre 2005, pour mon premier match de Ligue 1, face à Strasbourg. Laurent Fournier, alors entraîneur de l'équipe, m'avait fait entrer en cours de jeu.

En tant que joueur formé au PSG, que pensez-vous des départs de Chantôme et Sakho ?

Ce sont des joueurs que j'ai côtoyés à Paris, même si je suis un peu plus vieux qu'eux. Ça ne m'étonne pas qu'ils partent, à partir du moment où le PSG est devenu un club qui dispose de beaucoup de moyens. Quand les dirigeants achètent des joueurs pour des sommes supérieures à 30 millions d'euros, il faut les faire jouer. Dans tous les clubs où il y a de l'argent, cela fonctionne de la même façon. C'est le début du « grand PSG » : on va donc forcément compter sur des valeurs sûres dans un premier temps. Aujourd'hui, le club de la capitale n'a pas de temps à perdre, il faut des titres immédiatement. Après, Chantôme a été seulement prêté à Toulouse et Nasser Al-Khelaifi voulait conserver Sakho. Cela prouve qu'il ne néglige pas les joueurs formés au club.

Suivez-vous toujours les matches du club ?

Bien sûr, je les regarde à la télévision, dès que je peux. C'est d'ailleurs la même chose pour Sochaux, club dans lequel j'ai passé trois saisons par le passé.

Que pensez-vous du PSG version 2013-2014 ?

La même chose que l'année dernière. Même si de nouveaux joueurs sont arrivés lors du mercato, le noyau dur est resté. A l'instar du Barça , le PSG pourrait devenir une véritable machine de guerre. En Ligue des Champions, je les verrais bien atteindre le dernier carré.

Quel regard portent les Italiens sur des clubs comme le PSG et Monaco ?

Ils savent très bien que l'argent fait la différence. Évidemment, ils vont s'intéresser à Monaco, qui est entraîné par un Italien (Claudio Ranieri, Ndlr). Concernant le PSG, ils ne parlent que des joueurs reconnus comme Ibrahimovic, Cavani, Lavezzi ou Pastore.

Où en êtes-vous avec la sélection sénégalaise ?

Si on m'appelle, j'y vais. Je compte onze sélections au total, mais depuis que je suis en Italie, je n'ai pas été convoqué. Alain Giresse, le sélectionneur du Sénégal, devrait s'intéresser à tous les championnats. Parfois, je regarde la liste des joueurs convoqués et je constate que certains évoluent en Norvège... Le football n'est pas toujours logique. Les joueurs de mon club me demandent même pourquoi je ne suis pas sélectionné. De plus, on ne m'appelle jamais pour prendre des nouvelles. Après, il ne faut pas s'étonner que des joueurs refusent d'aller en sélection. Quand je n'étais pas encore professionnel, on m'a appelé et j'y sus allé sans me poser la moindre question. Je me demande parfois où est passée la reconnaissance.

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