Itw exclusive – Denis Troch : « J'ai laissé des larmes au PSG »

Publié par Arnaud LAPOINTE le 10 septembre 2013 à 02:42

A la fin des années 2000, Denis Troch a renoncé au banc de touche pour se lancer dans une carrière d'entraîneur mental. Pour Foot sur 7, ce célèbre moustachu du football français évoque son nouveau travail, revient sur ses deux passages au PSG et analyse l'évolution du milieu du ballon rond. Entretien.

Foot sur 7 - Comment s'est effectuée la transition entre votre carrière d'entraîneur de club et celle d'entraîneur mental ?

Denis Troch - Tout simplement : dès le début des années 2000, j'intervenais dans les entreprises sur des thèmes comme la gestion du stress, la motivation ou la concentration. Entre 2000 et 2006, je suis retourné à l'université pour passer mes diplômes. J'ai décroché un master « Droit, économie et gestion du sport » à Limoges et un diplôme universitaire « Coaching et performance mentale » à Dijon. En 2008, j'ai pris la décision d'arrêter ma carrière d'entraîneur de club de football, que j'avais entamée à l'âge de 24 ans.

Seriez-vous prêt à revenir sur un banc de touche si une opportunité intéressante se présentait ?

Non, c'est fini. Pendant trois ans, j'ai voulu travailler en dehors du foot. Je n'ai pas travaillé dans ma région, je n'avais pas de site internet... Aujourd'hui, mon travail d'entraîneur mental marche du feu de Dieu. J'ai créé l'entreprise H-Cort Performance. Cela représente beaucoup de boulot, les entreprises sont très demandeuses. Il s'agit d'un concept atypique : j'ai cristallisé la préparation mentale, le coaching et le management. Je forme également des personnes a faire le même métier que le mien.

Quelles sont les raisons vous ayant poussées à arrêter le foot ?

J'allais a l’entraînement sans avoir la même fougue, la même passion et la même détermination que par le passé. Je ne voulais pas finir aigri et frustré. Je me suis dit : « Stop, j'arrête ». A Troyes, lors de la saison 2007-2008 de Ligue 2, nous possédions 11 poins d'avance sur le 4e, à 8 journées de la fin. Et nous ne sommes pas montés en Ligue 1... J'en voulais à la terre entière à ce moment-là. J'ai alors constaté qu'il fallait que je balaie devant ma porte, cela a été un véritable déclencheur. Cet échec n'était pas le fruit du hasard. Je ne voulais pas « casser » ma passion, surtout que c'est ce que j'avais fait de bien jusqu'à cette période. On se dit souvent : « Je ne sais faire que ça ». Pourtant, c'est faux. On se met dans une niche où on pense qu'on ne sait faire qu'une seule chose, en l’occurrence entraîner un club de foot. En continuant cette carrière, je serais probablement devenu aigri. Et puis, à un moment donné, on lasse...

« Je ne voulais pas finir aigri et frustré »

Le métier d'entraîneur de club de football n'a vraiment pas l'air de vous manquer.

Effectivement, mais ce n'est pas pour autant que je ne l'ai pas aimé. J'ai fait le deuil du football en travaillant sur la gestion du stress.

Le fait qu'un joueur comme Yoann Gourcuff n'ait jamais confirmé tous les espoirs placés en lui s'explique-t-il essentiellement par son mental friable ?

On a tendance à mettre beaucoup de choses dans le mental. Quand une personne n'est pas en confiance, il faut travailler sur le « pourquoi ». Il est nécessaire de déterminer quelles sont les raisons pour lesquelles il ne réussit pas. Un sportif de haut niveau a besoin d’être accompagné, d’être écouté par une autre personne. Il a souvent besoin de crier sa colère.

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Vous avez été entraîneur adjoint du PSG à deux reprises au cours de votre carrière technicien (entre 1991 et 1994, puis une partie de la saison 1998-1999). Quels sont vos meilleurs souvenirs avec le club de la capitale ?

En première position, je place le match retour contre le Real Madrid au Parc des Princes, à l'occasion des quarts de finale de la Coupe UEFA, en 1994. C'était vraiment quelque chose d'hors-norme, avec un scénario exceptionnel (Battu 3-1 au match aller en Espagne, le PSG l'avait emporté 4-1 au retour, avec un but décisif d'Antoine Kombouaré dans les ultimes secondes de la rencontre, Ndlr). Ensuite, la finale de la Coupe de France remportée contre Nantes (3-0), en 1993. Le titre de champion de France, lors de la saison 1993-1994, n'arrive qu'au troisième rang. A l'époque, le titre, c'était presque une normalité, je n'ai pas eu d'émotions vraiment particulières en le remportant. Aujourd'hui, ça me paraît nettement plus important...

« Après le titre de 94, le PSG a commencé à plonger »

Quels sont les joueurs vous ayant le plus impressionné au PSG ?

C'est tout un groupe qui a réussi, qui a marqué l'histoire du club. Je retiens le charisme de Ricardo et la folie de Ginola. Et puis comment ne pas citer Raï, qui a apporté quelque chose d'exceptionnel ? Mais, je ne peux pas oublié tous les autres. C'était une véritable équipe.

En quoi consistait précisément votre travail à l'époque?

J'étais entre le marteau et l'enclume, je travaillais sur le relationnel. J'étais aussi bien à l'intérieur du groupe qu'en dehors. J'étais un privilégié au cœur de l'équipe, une sorte de confident.

Votre deuxième passage au PSG, lors de la saison 1998-1999, s'est nettement moins bien passé que le premier. Comment expliquez-vous cet échec ?

Cette saison avait débuté bizarrement. Alain Giresse avait été rapidement limogé de son poste d'entraîneur. A cette époque, le PSG avait besoin d'une autorité sportive. Les dirigeants sont allés rechercher Arthur Jorge et moi. Lors du mercato hivernal, Mickaël Madar, Bruno Rodriguez et Xavier Gravelaine ont été recrutés. Mais Arthur Jorge s'attendait à du plus haut niveau, surtout que les joueurs emblématiques de l'ère Canal+ étaient partis. Il fallait déjà de l'argent à cette époque. Mais il fallait aussi du temps, comme au début de l'ère Canal...

S'agit-il de la pire saison de l'ère Canal+ ?

Je ne sais pas. De l'extérieur, c'est le début de la fin. Après le titre de 1994, le club a commencé à plonger. A l'issue de l'exercice 1993-1994, Nantes a terminé à 14 points du PSG au classement. La saison suivante, les Canaris finissent avec 7 points d'avance sur Paris... Cela voulait vraiment dire que quelque chose clochait.

Avez-vous gardé contact avec Artur Jorge ?

Bien sûr ! Lorsque nous nous sommes connus au Matra Racing, nous étions dans une relation de travail. Avec le temps, c'est devenu un ami.

Quel regard portez-vous sur le PSG actuel ?

C'est mon club, j'y ai joué et entraîné : je suis Parisien. J'ai laissé des larmes au PSG. Aujourd'hui, il y a un potentiel de folie dans ce club. Toutefois, il n'y a pas de temps pour construire une équipe et la regarder pousser. Désormais, c'est un assemblage de pièces, comme des LEGO. A l'époque, il fallait se fondre dans un moule, les joueurs ne faisaient qu'un. Bats, Le Guen, Ricardo... Ces anciens joueurs ont gardé les valeurs et sont devenus entraîneurs. Je ne suis pas sûr que Zlatan Ibrahimovic et David Beckham suivent le même parcours. Ce n'est plus du tout la même chose maintenant. Les jeunes surfent sur tout ce qui bouge, tandis qu'à l'époque, il fallait s'enraciner. Maintenant, rester plus de deux ans dans un club est devenu exceptionnel. On se lasse vite. Les jeunes changent 15 fois de travail, changent de copains ou de copines, ils n'ont pas envie de s'enraciner. Ils savent que partir est déchirant...

Quel est le meilleur entraîneur français à l'heure actuelle ?

Je suis incapable de répondre à cette question, surtout que je n'ai pas suffisamment suivi l'actualité du football ces derniers temps. Je pourrais dire : « Celui qui termine le premier est le meilleur ». Sauf que cette banalité navrante ne se vérifie pas. Il est compliqué de s'inscrire dans la durée, étant donné que la pression est terrible lorsqu'on exerce ce métier. Aujourd'hui, je regarde seulement les matches qui m'intéressent. Je vais regarder un match de haut niveau avec un œil critique. S'il s'agit d'une rencontre d'un club que j'ai entraîné ou pour lequel j'ai joué, c'est le cœur qui parlera.

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