Itw exclusive – Patrick Montel : « Quand je gueule, on me traite de footix »

Publié par Arnaud LAPOINTE le 17 septembre 2013 à 09:44

Figure emblématique du commentaire sportif sur le service public, Patrick Montel s'illustre essentiellement lors des grandes compétitions d'athlétisme. En exclusivité pour Foot sur 7, le journaliste se livre avec ferveur sur le monde du ballon rond et ses dérives.

Vous commentez occasionnellement des matches de football. Quel est votre programme cette saison concernant ce sport ?

J'ai toujours commenté du foot. Aujourd'hui, je constitue le troisième binôme de France Télévisions avec Jacky Bonnevay, derrière les duos Fabien Lévêque - Jérôme Alonzo et Kader Boudaoud - Emmanuel Petit. Je commente des matches de Coupe de France et de Coupe de la Ligue. Même si cela reste anecdotique, je n'éprouve aucune frustration. Je ne suis pas peu fier d'avoir commenté des rencontres avec des consultants prestigieux comme Arsène Wenger, Jean-Pierre Papin ou Christophe Dugarry. Ce sont des têtes d'affiche qui ont commencé leur métier de consultant avec moi. Et la liste ne se limite pas à ces trois noms.

Dimanche dernier, sur le plateau de Stade 2, vous sembliez assez remonté sur le cas Florian Thauvin. Qu'auriez-vous dit à ce jeune joueur si vous l'aviez eu en face de vous ?

A l'âge de 20 ans, c'est totalement inespéré de pouvoir gagner 40 000 euros (salaire que devait percevoir Florian Thauvin à Lille, Ndlr). D'autres gamins du même âge cherchent du travail et ne trouvent pas alors qu'ils ont des compétences aussi poussées que Thauvin dans d'autres domaines. Être footballeur professionnel, c'est être ultra-privilégié. Quand il dit que le club lui a manqué de respect, cela signifie : « Il manque un zéro sur le chèque ». Je suis un peu choqué qu'il existe de tels bras de fer entre un joueur et un club lorsque j'observe la conjoncture actuelle. Personnellement, je fais mon métier par passion, je suis de la vieille école. Je n'ai pas été habitué à de tels comportements. Et puis, comment peut-on dépenser autant d'argent chaque mois ?

Depuis combien de temps faites-vous de la télévision ?

Depuis 28 ans. Initialement, j'étais professeur d'économie. J'ai notamment enseigné en Afrique. Un jour, j'ai perdu mon meilleur ami, qui était journaliste sur Antenne 2 et j'ai voulu le remplacer. J'ai toujours été fidèle au service public. Je participe à Stade 2, qui est la plus vieille émission du PAF (paysage audiovisuel français) en matière de sport. Je sais que je suis très privilégié. Ce sont les gens et le commentaire qui m'intéressent, pas forcément le journalisme.

Quel est votre statut à France Télévisions ?

Je suis un ancien de la maison, une sorte d'électron libre. J'arrive dans la dernière partie de ma carrière. Aujourd'hui, je cherche prioritairement à défendre des valeurs plutôt que des résultats. Je défends mes idées et je dénonce les dérives liées à l'argent, au dopage et à la violence dans le sport.

Avez-vous d'autres activités professionnelles qui ne sont pas liées à France Télé ?

Bien sûr ! J'interviens dans des écoles, je continue à être professeur. Je donne notamment des cours à l'université de Rouen, en section « Management et sports de haut niveau ». Et puis j'écris beaucoup. J'essaie d'écrire et de faire du sport quotidiennement.

« Je serais prêt à payer pour faire mon boulot ! »

Concernant l'émission « Cash Investigation » à propos des dérives du foot business, diffusée la semaine passée, vous avez écrit sur votre blog : « Ce reportage édifiant donne la nausée à tous ceux qui comme moi ont été nourri au football ». Y a-t-il vraiment trop d'argent qui circule dans le milieu du foot ?

Trop d'argent circule dans le milieu du sport en général. Nous vivons dans une société malade, où un certain nombre de valeurs fondamentales ont volé en éclats. Certains chercheurs ne gagnent pas 2 000 euros par mois, tandis que des footballeurs en empochent plus de 500 000 : ça paraît indécent. Il faut pouvoir se contenter d'un salaire modéré. Moi, par exemple, j'ai une paye modérée et j'estime que je ne mérite pas forcément plus que ce que je gagne.

Sans indiscrétion, quel est votre salaire ?

Autour de 4 000 euros. Je serais prêt à payer pour faire mon boulot ! D'ailleurs, je n'ai même pas l'impression de travailler tellement j'aime ce que je fais.

Noël Le Graët doit-il démissionner de son poste de président de la FFF ?

Son interview était pathétique. Maintenant, c'est son problème. Il a dû s'apercevoir qu'il n'avait pas été bon. Si j'étais chargé de sa communication, je ferais une conférence de presse pour tenter de rectifier le tir. Après, c'est un homme politique, il est loin d'être stupide. Je me demande dans quel état psychologique il se trouvait au moment de l'interview qu'il a donnée à Élise Lucet.

Que pensez-vous des répercussions de cette émission ?

La presse quotidienne nationale n'a rien relayé. Du moins, je n'ai rien vu. Je suis très surpris, sachant qu'il s'agit d'un véritable pavé dans la marre du foot business. En tant que journaliste, il faut savoir dénoncer les dérives. Je n'ai pas beaucoup de copains dans le milieu, je sais que ça fait partie du métier de se mettre des gens à dos. Quitte à être blacklisté...

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Vous êtes à l'origine de l'affaire du match de handball, présumé truqué, entre Montpellier et Cesson-Sévigné. Auriez-vous fait les mêmes révélations sur votre blog s'il s'agissait d'un match de football ?

Évidemment, même si je me suis attiré la foudre des handballeurs. Et pour n'importe quel sport, j'aurais fait pareil. Je n'ai rien contre le handball, qui est un sport possédant de vrais valeurs. Encore une fois, il faut dénoncer ce genre de choses et éviter que cela se reproduise. Certaines personnes se sentent intouchables.

Contrairement à l'athlétisme et le cyclisme, le football est souvent épargné par les affaires de dopage. Comment l'expliquez-vous ?

Si j'avais la chance de pouvoir prouver quelque chose en matière de dopage dans le foot, je ne me priverais pas. Après, il faut avoir des preuves, mener une enquête digne de ce nom. C'est compliqué...

En 2007, France Télévision avait lancé France 2 Foot, une sorte de Téléfoot du service public. Pourquoi cette émission s'est-elle arrêtée au bout d'une saison ?

Je ne sais pas vraiment... J'étais rédacteur en chef de cette émission, nous faisions du bon travail. A France Télévisions, nous somme 11 000 salariés : lorsqu'une émission s'arrête, on ne nous explique rien. Ce programme avait pourtant sa place, je l'ai regretté. Après, je ne suis pas payé pour remplir des cases « programme »... Ce n'est pas mon job.

« Dans Stade 2, je me donne un rôle »

Sur les réseaux sociaux, vous êtes parfois raillé au sujet de certains commentaires lors des matches de football. Qu'avez-vous à répondre aux gens qui pensent que vous n'êtes pas légitime pour commenter ce sport ?

Quand je gueule, on me traite de « footix », à savoir quelqu'un qui n'y connaît rien en foot. Mais je ne vois pas en quoi ceux qui me critiquent sont légitimes pour le faire. Les consultants avec qui j'ai travaillés ne se sont jamais plaints de mon travail. Pourtant, ils sont nettement plus légitimes que les anonymes qui déversent leur haine. J'accorde une importance réduite à ce genre de commentaires venant de gens frustrés qui passent leur temps sur les réseaux sociaux. Si j'étais si mauvais que certains veulent bien le dire, Arsène Wenger aurait pu aller voir Daniel Bilalian (le directeur des sports de France Télévisions, Ndlr) pour lui signaler. Idem pour Christophe Dugarry, qui n'est pas réputé pour avoir sa langue dans sa poche.

Vous avez récemment critiqué Daniel Riolo en lui reprochant son manque d'humilité. La mode du talk sportif ne l'oblige-t-elle pas à jouer un rôle de « méchant » ?

Oui, c'est un rôle qu'il se donne. C'est également mon cas : dans Stade 2, je me donne un rôle. Je ne connais pas Daniel Riolo personnellement, je ne vais donc pas l'insulter ou tirer des conclusions hâtives concernant sa personne. Les propos qu'il tient sur RMC ne me plaisent pas, il passe son temps à donner des leçons. Mais, dans la vie de tous les jours, il ne doit pas ressembler à ce qu'il est à l'antenne. Tout le monde joue un rôle vis-à-vis de son employeur...

Pour terminer, petit pronostic. Quels clubs gagneront les Coupes nationales cette saison ?

C'est très compliqué de répondre à cette question car, aujourd'hui, il s'agit de coupes de « consolation ». L'une des deux sera gagnée par l'une des grosses cylindrées du championnat. Je vois bien le PSG remporter la Coupe de la Ligue. Pour la Coupe de France, je dirais Lille ou Bordeaux. Ce n'est pas très original, je sais... Mais, en dehors de Monaco et Paris, les autres clubs ramasseront les miettes.

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