Itw exclusive - Merlin Tandjigora : « Quand tu es pro, tu te dis que tout va bien »

Publié par Arnaud LAPOINTE le 29 septembre 2013 à 09:01

International gabonais, Merlin Tandjigora a fait ses classes à Metz, avant de décrocher un contrat professionnel. Sous les couleurs de Carquefou (National) depuis 2011, ce milieu de terrain de 23 ans espère rapidement pouvoir rebondir au plus haut niveau. Rencontre.

Tu es né au Gabon en 1990. Quel a été ton parcours jusqu'à ton arrivée en France ?



Je suis né à Mouila, qui est la quatrième province du Gabon. J'ai débuté le football à l'école primaire. Ensuite, j'ai intégré un centre de formation qui appartenait à l’État, à Port-Gentil. Après, j'ai été convoqué en sélection des jeunes gabonais de moins de 17 ans. J'ai participé à la CAN des moins de 17 ans en 2007, au Togo. Puis, j'ai rejoint le Stade Mandji, qui évolue en championnat national D1 au Gabon, l'équivalent de la Ligue 1 pour la France. J'y suis resté deux ans. Grâce à mon CV d'international espoir et Alain Giresse comme sélectionneur, j'ai pu décrocher des essais à Troyes et Strasbourg. J'ai échoué aux deux et j'ai donc continué à jouer pour le Stade Mandji. J'en ai passé un autre, à Metz, en 2009, qui s'est révélé concluant puis je suis reparti au pays pour faire les papiers. J'ai signé un contrat stagiaire d'un an pour la saison 2009-2010. Je jouais avec la réserve messine. Les dirigeants ont été convaincus par mes performances et j'ai signé un contrat professionnel à l'été 2010, pour la saison 2010-2011.

Aujourd'hui, tu n'as plus le statut de joueur professionnel.

Non, j'ai un contrat fédéral avec mon club de Carquefou, qui évolue dans le championnat National. En professionnel, j'ai disputé six matches sous les couleurs du FC Metz lors de l'exercice 2010-2011. Cela avait été une saison assez difficile pour le club, à l'issue de laquelle les dirigeants n'ont pas renouvelé mon contrat. Je suis alors parti à Carquefou, qui évoluait alors en CFA et visait la montée en National. L'objectif était de me relancer. Nous sommes montés et j'ai décroché un contrat fédéral.

Comment se passent les journées d'un joueur semi-pro ?

On s'entraîne autant que dans un club professionnel, quasiment tous les jours de la semaine. Toutefois, quelques détails changent. Par exemple, nous n'avons pas notre nom floqué derrière le maillot. Dans les stades, l'affluence est moindre. Les salaires aussi... Mais même lorsque j'étais professionnel à Metz, je ne percevais pas une rémunération colossale.

« Si mes potes y arrivent, pourquoi pas moi ? »

Au moment de ton expérience professionnelle avec le FC Metz, imaginais-tu retrouver le monde amateur ?

Dans ma tête, j'étais lancé... Comme n'importe quel jeune qui vient de signer pro, je me disais que c'était parti. Je ne me posais pas vraiment de questions. Quand tu es pro, tu te dis que tout va bien. Au final, j'ai vraiment été déçu : j'en voulais un peu aux dirigeants de ne pas m'avoir conservé mais je m'en voulais surtout à moi-même. J'avais toutes les cartes en main, je n'ai certainement pas fait tout ce qu'il fallait pour continuer sur ma lancée. Après chaque match, j'aurais dû me remettre en question. « Est-ce que je travaille assez ? Est-ce que je m'améliore ? » Je ne me posais pas ces questions. J'aurais dû...

Tu n'as pas forcément la garantie de pouvoir retrouver le monde professionnel. Comment gères-tu cet aspect mentalement ?

Par le travail ! Mes potes jouent en Ligue 1 et en Ligue 2. S'ils y arrivent, pourquoi pas moi ? A Carquefou, mon coach me fait confiance. Je ne perds pas espoir. A l'époque, je n'ai pas assez travaillé et j'en ai aujourd'hui conscience. Je me reposais trop sur mes acquis.

Lors du mercato estival, as-tu eu des sollicitations concrètes de la part de certains clubs ?

Tant qu'il n'y a rien de concret, mon agent ne me parle pas, sinon je risque d'être perturbé. Et, cet été, il ne m'a pas parlé (rires).

Tandjigora itw1

En tant que milieu relayeur, quelles sont tes principales qualités sur le terrain ?

J'ai beaucoup de « gaz », je fais beaucoup d'efforts. Je suis très agressif, dans le bon sens du terme. Je suis un bon passeur, qui lit bien le jeu. Je possède également un bon pied droit, j'ai une faculté à répéter les efforts. Enfin, je suis très polyvalent.

Dans quel domaine dois-tu encore progresser pour passer un cap dans ta carrière ?

Dans la finition. Il faudrait que je marque plus de buts. Si je parviens à progresser dans ce domaine, cela peut faire la différence aux yeux d'un recruteur qui hésiterait entre moi et quelqu'un qui a les mêmes caractéristiques que les miennes.

« J'ai encore le temps de pouvoir disputer la Coupe du Monde »

Avec la sélection gabonaise, tu as disputé les Jeux Olympiques à Londres en 2012. Quel souvenirs garderas-tu de cet événement ?

C'est surtout le village olympique qui m'a marqué. Y voir toutes les stars qu'on voit à la télé... Usain Bolt, Tony Parker, Teddy Riner... On a mangé avec l'équipe de France de basket. J'ai même pris des photos avec Marta, la meilleure joueuse de tous les temps. C'était tellement grand et beau : on avait l'impression que les gens étaient là pour faire la fête plutôt et non pour participer à une grande compétition sportive. Il y avait même des pays que je ne connaissais pas, comme la Papouasie-Nouvelle-Guiné (rires).

Le Gabon est désormais éliminé de la course à la qualification pour le Mondial 2014. Tu dois éprouver d'immenses regrets...

Oui, surtout qu'on avait la place pour faire quelque chose. On a mal négocié le match à domicile contre le Congo. Au moins, on apprend toujours de ce type d'aventure. Je n'ai que 23 ans, j'ai encore le temps de pouvoir disputer le Coupe du Monde. Avant, au Gabon, il n'y avait pas beaucoup de joueurs professionnels. Aujourd'hui, de nombreux éléments émergent au plus haut niveau, comme Pierre-Emerick Aubameyang (Dortmund), André Poko (Bordeaux), Bruno Ecuele-Manga...

Regardes-tu beaucoup de matches de football à la télévision ?

Énormément ! En National, nous jouons le vendredi, cela me permet de regarder les matches pendant le week-end. J'observe beaucoup les joueurs qui évoluent à mon poste pour voir ce qu'ils font. Au PSG, par exemple, je regarde Blaise Matuidi, qui possède un peu les mêmes caractéristiques que les miennes. Nous avons le même profil.

Sur le site de L'Equipe, il est indiqué que tu es né le 1er janvier 1990. Pourtant, d'autres sites mentionnent le 6 avril 1990. Quelle est la vérité ?

Sur le site de L'Equipe, ils se sont trompés : je suis né le 6 avril 1990. L'erreur vient probablement de la FFF. Je me fait souvent chambrer par mes coéquipiers de Carquefou à ce sujet (rires).