Jean-Michel Badiane - PSG : « Anelka et Ronaldinho dégageaient une telle facilité ! »

Publié par Arnaud LAPOINTE le 17 octobre 2013 à 21:53

Entre 2004 et 2006, Jean-Michel Badiane portait les couleurs de l'équipe professionnelle du PSG. En exclusivité pour Foot sur 7, le défenseur central de 30 ans revient sur son aventure avec le club de la capitale et évoque également la complexité de sa situation actuelle.

Foot sur 7 - Vous avez été lancé par Vahid Halilhodzic au PSG, en 2004. Ce technicien était-il aussi sévère que sa réputation pourrait le laisser croire ?

Jean-Michel Badiane - Pas du tout ! Le problème en France, c'est qu'on met les entraîneurs dans des cases. « Celui-ci est gentil, celui-là a des méthodes militaires... ». C'est vrai, il demandait de la rigueur et était exigent. Mais, quand on est entraîneur du PSG, je crois qu'on est en droit d'avoir de telles attentes. Je ne pourrai jamais le critiquer, surtout qu'il a été le seul à me demander de rester. Il m'avait dit qu'il me donnerait ma chance : il a tenu sa parole. Lors de sa deuxième saison à Paris, avec la Ligue des Champions, la pression a commencé à devenir plus forte. Tout le monde a commencé à dire qu'il était trop sévère. Pourtant, il n'avait pas changé de comportement.

Quels sont les joueurs vous ayant fait la plus forte impression lors de votre expérience parisienne ?

J'ai joué avec Ronaldinho, Anelka et Okocha, qui possédaient un talent exceptionnel. Des joueurs comme Heinze, Déhu ou Létizi ont également beaucoup compté pour moi, sachant que j'étais jeune à cette époque. Je peux dire que j'ai été assez gâté. Pauleta était LA star de l'équipe au moment où il est arrivé. Sauf qu'il ne se comportait pas comme tel, c'était une personne super accessible. Si je me base sur le talent intrinsèque, je répondrais Anelka et Ronaldinho : ils dégageaient une telle facilité !

Lors de son retour au PSG, Nicolas Anelka a pourtant rencontré quelques difficultés.

Les dirigeants avaient opté pour une politique de jeunes joueurs en matière de recrutement... Les problèmes ont vraiment commencé après le licenciement de Philippe Bergeroo en 2001. La machine s'est déréglée, il y a eu une cassure avec les jeunes joueurs. Concernant Anelka, il y avait un décalage entre son souhait de revenir à Paris, d'être vu comme le « titi parisien » et la façon dont il était perçu. Plus personne ne le voyait comme le jeune joueur formé au PSG, mais comme la grande star du club. Il était peut-être en attente d'autres choses... Dans le groupe, il ne posait pas de problème et ne bénéficiait d'aucun traitement de faveur. Ce décalage est certainement à l'origine de son retour en Premier League.

« Si j'avais pris la grosse tête, on m'aurait remis à ma place »

Vous avez disputé quinze matches avec l'équipe professionnelle du PSG. Quelles sont les principales raisons qui expliquent que vous ne vous soyez jamais imposé ?

C'est assez simple : j'étais très jeune et des joueurs étaient meilleurs que moi dans mon secteur de jeu. J'ai quand même eu ma chance, j'ai pu enchaîner. Mais j'ai eu des soucis de santé, mon corps ne m'a pas laissé tranquille. Au moment de mon départ, en 2006, je pensais avoir prouvé des choses. Je figurais en troisième position dans la hiérarchie des défenseurs centraux, derrière Mario Yepes et David Rozehnal. Et les dirigeants ont recruté Samy Traoré, qui avait 31 ans, alors que je revenais du championnat d'Europe des nations avec les Espoirs. J'ai vécu cet épisode comme un manque de confiance de la part du club.

Lors de la saison 2004-2005, vous avez joué un match de Ligue des Champions à Luzhniki, contre le CSKA Moscou. Quels souvenirs gardez-vous de cette rencontre ?

Je ne me rendais pas bien compte, à l'époque, de la chance que j'avais de disputer une telle compétition. C'était extraordinaire ! Le lendemain, tous mes potes du centre de formation étaient fous. Ils me disaient : « Quoi qu'il se passe par la suite, tu auras joué la Ligue des Champions ! ». Toutefois, je ne me suis pas enflammé. Je me disais que ça me préparait à tout ce qui peut arriver dans une carrière. J'avais déjà intégré que rien n'est jamais acquis. D'ailleurs, le match suivant, je l'ai joué avec la réserve. Dans le vestiaire, mes coéquipiers m'auraient remis à ma place si j'avais pris la grosse tête.

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Vous avez fait partie de l'équipe de France Espoirs, qui a atteint les demi-finales du Championnat d’Europe 2006. Sept ans plus tard, que retenez-vous de cette aventure ?

Nous avons vécu un mois et demi ensemble avec la préparation. On dit souvent qu'il n'y a pas besoin de s'aimer pour gagner. Cette expérience prouve le contraire. C'était vraiment dingue ! Nous avions la meilleure équipe du tournoi, même si nous ne l'avons pas remporté. Aujourd'hui, je suis toujours en contacts avec des joueurs qui ont participé à cette épopée avec moi, comme Rio Mavuba ou Steve Mandanda.

Vous avez résilié votre dernier contrat professionnel avec Sedan, en avril 2009. Comment faites-vous pour vivre depuis cette période ?

Heureusement, javais mis un peu d'argent de coté. On ne sait pas de quoi demain sera fait... J'ai donc fait attention à mes dépenses et j'ai perçu des ASSEDIC. Ensuite, comme je n'avais pas joué durant quatre saisons, j'ai appelé l'entraîneur du Paris Football Club : je ne demandais pas d'argent, juste de pouvoir jouer au foot. Beaucoup de gens ont cru que je mettais une croix sur le foot de haut niveau à ce moment-là.

« Je vais peut-être bientôt m'entraîner avec la réserve du PSG »

Vous avez fêté vos 30 ans le 9 mai dernier. Aujourd'hui, avez-vous définitivement tiré un trait sur votre carrière de joueur professionnel ?

Non. Je considère ne pas etre allé au bout de l'histoire. Une fois que ce sera le cas, je me dirigerai vers une carrière d'entraîneur. La fin, c'est quand il n'y a plus les jambes, l'énergie ou le mental. Personnellement, ce n'est pas le cas. En ce moment, je travaille avec un préparateur physique. Je vais peut-être m'entraîner avec la réserve du PSG dans les prochains jours.

Êtes-vous toujours supporter du PSG à l'heure actuelle ?

Oui, même si je ne vais plus au Parc des Princes depuis que j'ai quitté le club. Je préfère regarder les matches tranquillement chez moi. Je n'en rate aucun.

En tant que défenseur central, quel joueur doit selon vous être associé à Thiago Silva en charnière centrale pour la suite de la saison ? Alex ou Marquinhos ?

C'est compliqué de répondre à cette question, étant donné que je ne suis pas a l'entraînement avec eux. Marquinhos a réalisé de très bonnes prestations depuis qu'il a commencé à jouer avec Paris. C'est une véritable solution d'avenir pour le club. De son côté, Alex commet très peu d'erreurs et possède beaucoup d'expérience : il ne faut pas trop vite l'oublier. Finalement, c'est un choix de riche ! (rires)

Quel regard portez-vous sur la politique liée aux joueurs issus du centre de formation (départs de Mamadou Sakho et Clément Chantôme, conservation de Rabiot) ?

C'est un faux problème. Sakho et Chantôme sont deux très bons joueurs. Ils ont une carrière à gérer, avec une Coupe du Monde au Brésil à la clé. La question se serait posée dans n'importe quel grand club. La concurrence oblige à se battre pour gagner sa place ou incite à chercher une porte de sortie. Avec le Mondial 2014, il y a un facteur d'urgence à prendre en compte. Avec Liverpool, Sakho a retrouvé une place de titulaire. Si la France se qualifie, il devrait faire partie du groupe. Pour Chantôme, cela sera plus compliqué puisqu'il n'est pas encore vraiment « installé » dans celui-ci.

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