Comment l’arrêt Bosman a transformé le marché des transferts en business

Avec l’arrêt Bosman, le marché des transferts de ces dernières décennies a connu son lot de rebondissements. Les plus grands clubs d’Europe et du monde se sont affrontés pour s’offrir les meilleurs joueurs de la planète. Une période pendant laquelle le monde du football n’a jamais généré autant d’argent. Focus sur l’évolution du mercato depuis l’arrêt Bosman qui a fait exploser les conditions de transfert

L’arrêt Bosman, détonateur du football business

Dans le football, sport populaire par excellence, c’est en millions qu’on compte les points. Salaires mirobolants pour les stars du ballon, montants astronomiques des transferts, droits de retransmission télévisée qui s’envolent, le football professionnel a connu une mutation profonde. Ce sport, né à la fin du XIXe siècle en Angleterre, n’a pas toujours été vu comme tel. Il faut attendre les années 1990 pour le voir se transformer en machine à sous. Une évolution due en partie à l’Arrêt Bosman. Pour comprendre cette étape cruciale, il faut retenir une date : le 15 décembre 1995. Ce jour-là, le Belge Jean-Marc Bosman, joueur que son talent ne destinait pas à la postérité, obtient gain de cause devant la Cour de justice des Communautés européennes.

L’histoire est simple : Bosman joue pour le FC liégeois. Le club veut prolonger son contrat tout en réduisant son salaire et refuse son transfert à Dunkerque. L’arrêt dit Bosman reconnaîtra le droit pour un footballeur d’être « libre » à la fin de son contrat. Il interdit de facto aux clubs de prétendre à des indemnités de transfert dans ce cas de figure. Ces derniers réagiront en augmentant la durée des contrats et en opérant les transferts en cours de contrat. Des actions transformant les traditionnelles indemnités en réparation du préjudice constitué par une rupture anticipée. Par ricochet, les joueurs en profiteront pour faire grimper les enchères sur les salaires.

L’évolution de salaires des joueurs

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La conséquence immédiate de cette révolution est la progression des salaires. Dans les cinq grands pays européens (Angleterre, Italie, Espagne, Allemagne, France), ils ont augmenté de 235 %, pour atteindre une moyenne d’environ 60 % du chiffre d’affaires des clubs. Outre-Manche, la rémunération mensuelle moyenne atteint aujourd’hui les 150.000 euros. Mais cette inflation n’est pas seulement l’œuvre de l’arrêt Bosman. Plusieurs autres décisions de justice, dont l’arrêt Malaja, en France, libéralise le marché des sportifs professionnels. Les quotas de joueurs nationaux n’étaient déjà plus opposables aux ressortissants de l’Union européenne. Ils ne le seront pas plus aux étrangers originaires de nombreux autres pays.

Cette mesure changera à jamais le marché des transferts. Les années qui vont suivre vont être marqué par une escalade des prix des transferts des joueurs. Le feuilleton qui a sans doute marqué les esprits et causé une vague de remise en question est le transfert du joueur brésilien Neymar, du FC Barcelone au Paris Saint-Germain. Avec un record historique de l’ordre de 222 millions d’euros, ce montant irrationnel aurait déréglé les transactions des années suivantes.

2013-2023, la décennie des records

L’année 2023 qui est sans nul doute celle de tous les records est symptomatique de ce dérèglement. Pour la première fois dans l’histoire du football, les investissements en indemnités de transfert à l’échelle mondiale ont dépassé les 12 milliards d’euros. Il y a 10 ans, lors de la période de mercato estival de 2014, cette somme ne dépassait pas les 4,5 milliards d’euros. Malgré l’arrivée des saoudiens et des qataris sur le marché, les clubs les plus dépensiers restent ceux des cinq grands championnats. Selon les chiffres du CIES, en 2021, ils auraient dépensé plus de 3,834 milliards d’euros contre 1,956 en 2012, soit presque du simple au double en seulement dix ans.

Et sans surprise, ce sont les clubs anglais qui ont été les plus dépensiers. En faisant le point sur les bilans nets les plus négatifs sur les opérations de transfert par club entre 2014 et 2023, sur les dix premiers, sept sont anglais, dont notamment les deux premiers du classement. Une situation qui s’explique par le fait que les clubs anglais perçoivent le plus de droits TV. Leur championnat est réputé pour être le meilleur et le plus regardé donc engrange plus d’argent.

Un business souvent à perte

Ainsi, avec plus de 2,63 milliards d’euros dépensés lors de la dernière décennie, il faut le rappeler, plus d’un milliard investi uniquement depuis son rachat à l’été 2022, Chelsea est de loin le club ayant investi le plus d’argent en indemnité de transfert. Toutefois, Manchester United présente le bilan le plus négatif de la dernière décennie. Bien que le club des red devils ait investi 1,96 milliard d’euros, ils n’ont en revanche réalisé que très peu de recettes. Ils présentent donc de loin le solde le plus négatif.

Ce solde négatif prouve qu’être dépensier ne signifie pas être bon vendeur. Aucun club anglais n’est présent dans le top 20 des équipes ayant réalisé les meilleurs bénéfices nets sur les transferts des dix dernières années. En revanche, la France et le Portugal comptent respectivement 3 clubs chacun présents dans le Top 10. La raison est simple, les jeunes pépites monégasques, lyonnaise ou encore benfiquistes sont approchées très tôt par de gros clubs européens qui n’hésitent plus à dépenser des sommes folles pour attirer des joueurs qui n’ont parfois que très peu de matchs en pro.

RangEquipeDépensesRecettesBilan
1SL Benfica564 millions d’euros1,328 milliard d’euros+764 millions d’euros
2AFC Ajax593 millions d’euros1,023 milliard d’euros+434 millions d’euros
3RB Salzbourg202 millions d’euros628 millions d’euros+421 millions d’euros
4AS Monaco972 millions d’euros1,374 milliard d’euros+402 millions d’euros
5Sporting CP368 millions d’euros744 millions d’euros+376 millions d’euros
6FC Porto433 millions d’euros785 millions d’euros+352 millions d’euros
7LOSC Lillz375 millions d’euros724 millions d’euros+349 millions d’euros
8Olympique Lyonnais520 millions d’euros856 millions d’euros+336 millions d’euros
9PSV Eindhoven236 millions d’euros499 millions d’euros+263 millions d’euros
10Dinamo Zagreb78 millions d’euros329 millions d’euros+251 millions d’euros
Classement des clubs avec une balance positive selon CIES

Le football est maintenant globalisé et financiarisé. Au fil du temps, les footballeurs sont devenus des investissements, des actifs au rendement financier potentiellement très élevé. Cette évolution se fait parfois même au détriment des ambitions sportives d’un club. Le dérèglement du mercato signifie-t-il la fin de ce sport populaire ? Un phénomène à suivre dans les années à venir.

Mercato foot : C’est quoi l’arrêt Bosman ?

L’arrêt Bosman, prononcé par la Cour de justice des Communautés européennes en 1995, a radicalement changé le paysage du football professionnel en Europe. Cette décision historique a levé les limitations concernant le nombre de joueurs étrangers pouvant évoluer dans les clubs de l’UE et a supprimé les frais de transfert pour les joueurs en fin de contrat. La Cour a estimé que ces restrictions contrevenaient à la libre circulation des travailleurs au sein de l’Union européenne.