Ligue 1: pourquoi la LFP peine à trouver un diffuseur ?

Le football français vit une nouvelle crise importante. Après le Covid et Média pro, les clubs de foot français traversent une nouvelle tempête. Depuis octobre 2023, la LFP tente de vendre les droits TV de la Ligue 1 pour la période 2024-2029, mais peine à trouver un accord avec les diffuseurs. Pourquoi le dossier s’enlise-t-il ? Explications.

La LFP peine à vendre ses droits TV

Où pourra-t-on regarder la Ligue 1 à partir du 16 août ? À deux mois de la reprise du championnat, la réponse n’est toujours pas tranchée. La Ligue de football professionnel n’a pas officiellement signé avec un diffuseur. Entre l’échec de l’appel d’offres lancé à l’automne dernier et à l’annulation du rendez-vous entre le président de la LFP Vincent Labrune et le président de Canal +, Maxime Saada, la situation s’enlise depuis plusieurs mois. Pour comprendre la situation, il faut remonter au 12 septembre. Ce jour-là, l’instace du football français lance son appel d’offres concernant la vente des droits TV de la Ligue 1, pour une période de cinq ans (contre quatre auparavant), entre 2024 et 2029. Elle propose alors deux lots de matchs en direct. Le premier dit premium, à 530 millions d’euros, incluant les plus belles rencontres, l’autre, à 270 millions d’euros, les six autres matchs. Et trois autres lots comprenant « magazines », émissions du week-end ou en semaine.

Avec ces offres, les dirigeants du football français espéraient récolter, au total, 800 millions d’euros par an, et même un milliard d’euros en ajoutant les droits de la Ligue 1 à l’étranger. Problème, la vente n’aboutit pas. Au lendemain de la clôture des dépôts de candidatures, le 17 octobre, ils annoncent qu’aucun des lots n’a été attribué même s’ils ont reçu « plusieurs offres qualitatives et dispositifs de garantie financière sur l’ensemble des lots ». L’instance française se lance alors dans des négociations de gré à gré avec les médias intéressés, où il n’y a plus de contrainte sur le prix. Parmi les candidats annoncés, Prime Video, BeIN Sports et la plateforme de streaming sportif DAZN. Un temps évoqué, Apple ne participe finalement pas aux discussions.

Une concurrence rude entre les candidats

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Connaissant la position du diffuseur historique du football français, Canal+, il paraît plus que jamais compliqué la LFP de trouver un diffuseur. Le groupe assure depuis qu’il n’a plus besoin de la Ligue 1 pour remplir sa grille de programmes, où figure en bonne place la prestigieuse Ligue des Champions, dont il détient les droits jusqu’en 2027. La ligue de football professionnelle s’est donc tournée vers BeIN Sports (propriété du Qatar, comme le PSG) et s’est mise d’accord avec la chaîne de sport premium pour une offre globale autour de 500 millions d’euros par saison. Seulement, la chaîne qatarie est liée avec Canal+ autour d’un contrat de diffusion exclusive, qui lui garantit actuellement un chèque de 200 millions d’euros en échange de sa présence exclusive dans les offres commercialisées par Canal.

En déboursant 500 millions d’euros pour le championnat français, mais en ne touchant que 200 millions de Canal, BeIN Sport n’y trouverait pas son compte. C’est pourquoi le groupe tente de négocier avec la filiale du groupe Vivendi pour une nouvelle répartition avec la chaîne cryptée. Face à ce blocage, les négociations tirent en longueur pour les dirigeants du football français. Et cette situation oriente à la baisse l’enveloppe globale. Par rapport aux 734 millions d’euros de la saison passée, la LFP n’espère plus que 500 millions pour les droits domestiques, auxquels s’ajouteront environ 150 millions de droits à l’international.

Les clubs français dans une mauvaise posture

Moins d’argent des diffuseurs français, un peu plus des internationaux, la balance est déjà dans une mauvaise posture, mais elle va encore pencher plus fort, car cette année 2024 marque le début de la ponction que va effectuer le principal partenaire financier de la LFP, le fonds d’investissement CVC, qui est venu injecter 1,5 milliard d’euros dans la société commerciale de la Ligue, LFP Media, en échange de 13 % des revenus annuels générés par la Ligue sur les 50 prochaines années ! Mais alors que le marché des transferts vient d’ouvrir ses portes en Ligue 1, les clubs de football sont bien en peine de se positionner face à cette situation. De combien d’argent, chacun d’eux, dispose-t-il pour s’acheter de nouveaux joueurs ou prolonger les actuels, dans la perspective de la prochaine saison ? Tout le monde est dans le flou. Une situation qui s’explique par l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui le football professionnel français.

Le tour de vis annoncé il y a quelques jours par le patron du Racing Club de Lens, Joseph Oughourlian, spécialiste de la finance, en dit long sur ce qu’anticipent les propriétaires de clubs de foot français : 2024 sera la saison de la rigueur. « Le football professionnel continue de payer le résultat désastreux de la décision prise il y a six ans d’attribuer, dans le respect des règles strictes de l’appel d’offres, les droits de la Ligue 1 à un acteur qui n’en avait pas les moyens », a reconnu la semaine dernière Vincent Labrune, président de la Ligue de football professionnel (LFP) auprès de l’AFP. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Pour la saison 2023-2024, les droits TV de la Ligue 1 et de la Ligue 2 ont rapporté 734 millions d’euros bruts à la Ligue de football professionnel, versés principalement par Amazon et Canal+ pour la diffusion en France, et par BeIn Sports pour l’international.

La Ligue 1 toujours en retard

Seulement, tout ne revient pas dans la poche des clubs de foot puisqu’il faut payer les frais de fonctionnement de la LFP, ses salaires, ainsi qu’une ribambelle de contributions financières, que ce soit pour le développement du football amateur ou pour faire tourner le syndicat des joueurs pros. Une fois toutes ces dépenses retranchées, les clubs se partagent alors un peu moins de 500 millions d’euros, mais pas de façon équitable puisque la Ligue professionnelle donne une prime au classement sportif (environ 30 % de la note), à la notoriété (20 % du barème) et au parcours réalisé en coupe d’Europe. À la vue de ces critères, le Paris Saint-Germain, principal atout du championnat pour vendre ses droits, s’adjuge ainsi une belle part du gâteau. Pendant que la LFP traverse une longue zone remplie d’incertitudes avec la non-attribution de ses droits tv, la Premier League se trouve dans une situation inverse.

En décembre 2023, lors de ses dernières négociations avec les diffuseurs pour la période 2025-2029, elle a conclu un accord record avec 6,7 milliards de livres sterling au total soit 7,9 milliards d’euros. Elle percevra donc 1,5 milliard d’euros par an, un montant est plus élevé de 4 % que celui obtenu pour la période actuelle. Du côté des voisins italiens, la Série A a aussi connu une période d’incertitude similaire à celle de la LFP pour l’octroi des droits TV 2024-2029. Les observateurs s’attendaient au pire avec une baisse significative des droits TV. Pour autant, le championnat italien est parvenu à trouver un accord avec DAZN pour un montant de 900 millions d’euros annuel. Un accord trouvé avec DAZN et SKY qui se partagent le gâteau.

En baisse de popularité, la ligue de football espagnole a réussi à vendre ses droits TV en 2021 pour la période 2022-2027. Un accord a été trouvé avec Movistar, partenaire historique et DAZN, pour un montant total de 990 millions par an. La Bundesliga qui a connu des difficultés lors de son dernier appel d’offres est parvenue à vendre ses droits tv domestiques pour 1 milliard d’euros. Une somme versée par Sky et DAZN. Contrairement à Vincent Labruben, les Allemands ont priorisé le diffuseur historique Sky à DAZN dans l’attribution des lots malgré une offre moins onéreuse de Sky. Un choix qui a fait parler Outre-Rhin.